Abel&Caïn

mwsl@hotmail.fr

Les tranchants

Et, comme un éclair, l’idée leur traversa tous deux l’esprit qu’ils n’avaient pas été vus ensembles. Ni par le garçon de café qui ne les avait ni vus ni servis encore ni par personne lorsqu’ils entrèrent dans les toilettes. Ils comprirent que la tension était à son comble. Qu’ils avaient atteint le niveau où la sauvagerie ne peut plus se contenir. L’instant où la bestialité peut enfin se montrer sans peur d’être surprise. Où elle peut déployer ses griffes et frapper de ses crocs l’adversaire.
Arthur, dans un râle de douleur ; de souffrance, qu’il extériorisait enfin, saisit le haut du crâne de François et le projeta comme on le fait d’une chose inerte, d’un caillou contre tout ce qu’il pu trouver de dur, de résistant. François, en ce parfait instant était devenu le papier peint. Arthur le remettait enfin à sa place et François, soulagé que cela cesse - cette auto dégradation qu’il ne canalisait plus - ferma les yeux. Arthur, en gémissant des «Tais-toi enfin» ; «Ai un peu d’amour propre!» de rage entre ses dents serrées continuait de frapper nerveusement François qui perdait conscience, serein. Arthur comprenait que s’il arrêtait de frapper François il devrait comprendre ce qu’il lui avait fait. Il devrait comprendre pourquoi il ne respirait plus. Pourquoi il lui avait défoncé le crâne. Il devrait comprendre qu’il avait tué son ami. Alors, il continua. Pour ne pas avoir à affronter la vérité. Pas à nouveau. Et maintenant il ne disait plus rien, il gardait simplement crispées ses mâchoires et il comprenait avec terreur que François l’avait vaincu.

  • 20 June 2011
  • 26